Où en est le projet de SGB mutualisé en décembre 2012 ?

Le comité technique s’est réuni le 22 novembre sur l’ouverture des données et des services. Des interventions très diverses sur les besoins et les expériences d’interopérabilité ont été faites par des responsables de systèmes de bibliothèque, mais aussi par Thierry Bédouin, président de l’A-DSI (Assemblée des DSI de l’enseignement supérieur et de la recherche), par Alain Philipona, représentant de l’AMUE et par Stéphane Rey, DSI de l’ABES. Le comité a également collecté des informations sur les API d’ALMA et de WMS.
Lire le compte-rendu complet.

Le comité de pilotage du projet s’est réuni pour la première fois le 3 décembre à la Bibliothèque Sainte-Barbe. Le compte-rendu sera publié avant les vacances de Noël. Le comité est composé de :

  • Claude Bagnol, DSI de l’Université Montpellier 1
  • Jean-François Balaudé, CPU, Président de l’Université Paris-Ouest
  • Raymond Bérard, ABES, Directeur de l’ABES
  • Jean Bernon, ABES, Chargé de mission SGB mutualisé
  • Grégory Colcanap, Couperin, Directeur du SCD de l’Université d’Evry Val d’Essonne
  • Véronique De Kok, MISTRD
  • M’hamed Drissi, CGE, Directeur de l’INSA de Rennes
  • Marylène Micheloud, RERO, Directrice de RERO
  • François Michaud, ADBU, Directeur de la Bibliothèque interuniversitaire Sainte-Barbe
  • Grégory Miura, ADBU, Directeur adjoint du SCD de l’Université Bordeaux 3
  • Agnès Raymond-Denise, EPRIST, Responsable de la Bibliothèque de l’Institut Pasteur
  • Claude Ronceray, Directeur de l’AMUE

En janvier 2013 seront livrées deux études, l’étude d’impact du projet SGB mutualisé et l’étude sur le signalement partagé des ressources électroniques. Elles serviront de base au choix d’un scénario de mise en oeuvre du projet.

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L’ouverture des données et des services

Les logiciels de bibliothèques ont longtemps été des systèmes propriétaires fermés. La normalisation des données, au moins celles du catalogue, et la possibilté de les exporter en toute autonomie et de migrer vers un autre système se sont construites peu à peu. Cet acquis peut encore se révéler fragile pour certaines données. L’ouverture des logiciels eux-mêmes, la possibilité de leur ajouter des fonctionnalités, de modifier leur comportement, de les rendre interopérables avec les autres systèmes de l’établissement ou avec des systèmes partagés ont été les plus difficiles à conquérir et restent partiels. Les systèmes open source permettent de mieux y parvenir, sous réserve d’acquérir les compétences nécessaires. Les systèmes de nouvelle génération constituent-ils vraiment un progrès de ce point de vue ?

Les SGB de nouvelle génération sont des produits propriétaires créés par de grands acteurs du marché des services pour bibliothèque. Ceux-ci opèrent à la fois sur le secteur des logiciels de bibliothèque et sur celui de l’agrégation de données documentaires. Spécialisés au départ dans l’un des deux secteurs, ils complètent aujourd’hui leur offre et investissent dans l’autre secteur pour proposer un service global aux bibliothèques. Leurs équipes travaillent à l’échelle du Web dans un environnement très ouvert avec de nombreux partenaires (éditeurs, bibliothèques, sociétés de service) et sur des contenus documentaires destinés à être largement partagés. Elles revendiquent le respect des standards les plus exigeants en matière d’ouverture des données et d’architecture de service informatique (voir « SGB et informatique dans les nuages »). Elles proposent des métadonnées communes complètement libres ou au moins sous des licences très ouvertes. Elles présentent leurs logiciels comme le noyau central de plates-formes de services ouvertes grâce à de nombreuses API documentées. Chaque bibliothèque peut être à son gré un partenaire plus ou moins actif de la plate-forme commune, développer ses workflows spécifiques, les partager, connecter ses services locaux.

Sans qu’il y ait lieu de mettre en doute la sincérité de ces annonces, il est nécessaire d’analyser précisément quelles sont les relations entre partenaires dans ce type de système et quelles garanties sont nécessaires aux bibliothèques.

Notons d’abord que ces systèmes supposent un engagement d’ouverture de tous les partenaires, non seulement du fournisseur de logiciel, mais aussi des fournisseurs de métadonnées : éditeurs, bibliothèques, grandes sources bibliographiques. Editeurs et bibliothèques doivent accepter de mettre leurs métadonnées à la libre disposition de tous dans un système commun et faire l’effort de s’adapter à la normalisation commune. Ils ont intérêt à le faire pour mettre en valeur leurs propres données et pour pouvoir bénéficier de l’ensemble des données et des services communs. Toutefois, s’ils ont intérêt à ce que se créent de grandes agrégations de données pour être visibles sur Internet, ils n’ont pas intérêt à créer pour finir un monopole de la diffusion documentaire dont ils deviendraient complètement dépendants.

De même le partenariat autour de la plate-forme de services pour faire évoluer le logiciel peut recouvrir des réalités très diverses. Il pourrait masquer un désengagement du fournisseur qui travaillerait en véritable partenariat avec quelques établissements utiles au développement du système et laisserait les autres clients se débrouiller. Les bibliothèques sans ressources informatiques se retrouveraient alors isolées. Sans tomber dans ce scénario pessimiste, le fait que le noyau central du système reste propriétaire peut également faire craindre que le partenariat n’atteigne rapidement ses limites et ne maintienne une forte dépendance.

Face à ces risques, il est important que le partenariat soit organisé par les bibliothèques elles-mêmes et non par le seul fournisseur de logiciel. Le réseau de l’ABES peut jouer un rôle important pour obtenir une contractualisation commune avec des garanties fortes et pour partager la formation et l’expertise autour des nouveaux outils. Il faut également rester attentif à l’émergence de solutions alternatives, comme Kuali OLE, fondées sur un partenariat à l’initiative des bibliothèques autour d’un logiciel open source, même si elles ne sont pas pour l’instant au niveau des solutions propriétaires. Il faut enfin souhaiter qu’il reste plusieurs solutions concurrentes et que la base de connaissance commune ne soit pas complètement liée à un logiciel particulier, mais qu’elle soit exportable et interopérable avec les solutions concurrentes.