L’articulation du projet de SGB mutualisé et du projet de base de connaissance nationale

Comment s’articulent les deux projets de l’ABES, SGB mutualisé et signalement partagé des ressources électroniques ? L’étude d’impact du SGB mutualisé (paragraphes 3.1.1 et 5.1.5, schéma page 34) et l’étude Pleiade sur la découverte (paragraphe 4.2) donnent le cadre général de réponse à cette question récurrente.

La base de connaissance nationale a pour premier objectif de signaler l’ensemble des ressources électroniques (« packages ») des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Elle décrit les ressources et les titres qu’elles contiennent (« TIPP » = titre+identifiants+package+plate-forme). Elle les localise (quelles bibliothèques, couverture pour chaque bibliothèque, licence).

Un résolveur de liens est associé à la base de connaissance. Lorsqu’un usager utilisant un outil de découverte trouve la référence d’un document (article le plus souvent) et clique sur le lien d’accès au document, ce lien est en fait de plus en plus souvent un lien Open Url qui doit être transmis à un résolveur de liens pour trouver le(s) véritable(s) lien(s) d’accès correspondant(s). Le résolveur de liens cherche dans la base de connaissance quelles ressources de la bibliothèque de l’usager contiennent le document et comment on accède à chaque ressource, par un lien direct au niveau de l’article ou seulement au niveau du titre de la revue à partir duquel l’usager devra retrouver son article. Selon les paramètres retenus par la bibliothèque, le résolveur de liens affiche directement l’article (ou la revue) appropriée à l’usager ou propose un menu de choix entre différentes copies ou modes de fourniture.

L’efficacité de l’accès dépend de l’exactitude des informations à tous les niveaux : qualité de la source Open Url, données générales des TIPP, données de localisation et de couverture des TIPP, paramétrage du résolveur de liens. Le premier niveau dépend surtout des fournisseurs d’outils de découverte et des métadonnées qu’ils reçoivent des éditeurs. Le troisième niveau dépend surtout des établissements. Les deuxième et quatrième niveaux peuvent aussi être maintenus par les établissements dans des bases locales et s’appuyer en partie sur les données fournies au départ par le vendeur de la base de connaissance locale et du résolveur de liens.

Mais les données générales de la base de connaissance peuvent également être maintenues et enrichies par une collaboration nationale et internationale entre bibliothèques et avec les éditeurs. Le JISC (Royaume Uni) et la fondation Kuali (Etats-Unis), qui étaient invités aux journées ABES, maintiennent une base de connaissance internationale GOKb (le site, #JABES2013) et une base de connaissance nationale KB+ (le site, #JABES2013). Ils proposent aux autres pays de construire des bases de connaissance nationales sur le modèle de KB+ et fédérées autour de GOKb. L’objectif principal des bases nationales est le signalement national et celui de la coopération internationale de tendre vers l’exhaustivité du signalement. La base de connaissance nationale peut par ailleurs contribuer à la gestion et à la découverte locales, mais elle ne les remplace pas. L’associer notamment à un résolveur de liens national sur le modèle allemand d’EZB pourra contribuer à la découverte locale. Mais la base nationale ne sera ni un ERMS ni un outil de découverte, seulement un outil de signalement partagé et d’amélioration des données. En particulier les bases de connaissance nationales se limitent actuellement au niveau des titres et ne contiennent pas le texte intégral des articles contenu dans les index centraux des outils de découverte.

En revanche le SGB mutualisé vise à fournir aux établissements des outils de gestion des ressources électroniques et de découverte. Les bibliothèques qui rejoindront le projet de SGB mutualisé géreront leurs abonnements électroniques dans un système local commun. Que ce système local commun s’appuie sur une base de connaissance commerciale internationale n’empêche pas que les données locales définissent dans cette base un périmètre propre à la bibliothèque et que ce périmètre puisse être alimenté par une vue locale correspondante dans la base nationale.

C’est l’architecture, détaillée dans le schéma suivant, qui sera demandée au fournisseur dans le cahier des charges du projet de SGB mutualisé et qui constituera un laboratoire essentiel de la mise en oeuvre de workflows entre bases locales et base nationale. Le schéma peut se lire comme un empilement de trois couches.

La couche du haut montre la base de connaissance nationale maintenue par l’ABES (KB ABES) qui échange des données avec GOKb et dont les données sont également enrichies par le hub de métadonnées. Celui-ci ne vise pas l’exhaustivité mais travaille sur des niches intéressant plus particulièrement la communauté académique française (par exemple les données des licences nationales). Ce travail constitue un apport précieux pour GOKb, qui cherche à élargir ses données au delà des périodiques électroniques les plus courants. Les métadonnées produites par le hub s’élargiront au-delà des périodiques électroniques (collections imprimées et e-books) et descendront au-delà des TIPP pour inclure les articles, mais elles ne concerneront qu’un périmètre restreint des ressources de la base de connaissance.

La couche intermédiaire est constituée des vues locales de chaque établissement dans la base de connaissance nationale. Cette vue locale peut être exclusivement alimentée par la base nationale, si l’établissement ne dispose pas d’une base de connaissance locale (« KB univ1 » à l’intérieur du périmètre orange des données entièrement gérées au niveau national), ou alimentée conjointement par la base de connaissance locale de l’établissement (« KB univ2 », « KB univ3 », « KB univ4 »).

La couche du bas est celle des bases de connaissance locales indépendantes de la base nationale mais qui communiquent avec elle. La base locale des universités 3 et 4 est un périmètre au sein de la base internationale du SGB.

NB – Sur les bases de connaissance et leur usage, vous pouvez aussi lire l’article de Cécile Clarac dans le numéro 70 d' »Arabesques ».

KB_ABES

Où en est le projet de SGB mutualisé en décembre 2012 ?

Le comité technique s’est réuni le 22 novembre sur l’ouverture des données et des services. Des interventions très diverses sur les besoins et les expériences d’interopérabilité ont été faites par des responsables de systèmes de bibliothèque, mais aussi par Thierry Bédouin, président de l’A-DSI (Assemblée des DSI de l’enseignement supérieur et de la recherche), par Alain Philipona, représentant de l’AMUE et par Stéphane Rey, DSI de l’ABES. Le comité a également collecté des informations sur les API d’ALMA et de WMS.
Lire le compte-rendu complet.

Le comité de pilotage du projet s’est réuni pour la première fois le 3 décembre à la Bibliothèque Sainte-Barbe. Le compte-rendu sera publié avant les vacances de Noël. Le comité est composé de :

  • Claude Bagnol, DSI de l’Université Montpellier 1
  • Jean-François Balaudé, CPU, Président de l’Université Paris-Ouest
  • Raymond Bérard, ABES, Directeur de l’ABES
  • Jean Bernon, ABES, Chargé de mission SGB mutualisé
  • Grégory Colcanap, Couperin, Directeur du SCD de l’Université d’Evry Val d’Essonne
  • Véronique De Kok, MISTRD
  • M’hamed Drissi, CGE, Directeur de l’INSA de Rennes
  • Marylène Micheloud, RERO, Directrice de RERO
  • François Michaud, ADBU, Directeur de la Bibliothèque interuniversitaire Sainte-Barbe
  • Grégory Miura, ADBU, Directeur adjoint du SCD de l’Université Bordeaux 3
  • Agnès Raymond-Denise, EPRIST, Responsable de la Bibliothèque de l’Institut Pasteur
  • Claude Ronceray, Directeur de l’AMUE

En janvier 2013 seront livrées deux études, l’étude d’impact du projet SGB mutualisé et l’étude sur le signalement partagé des ressources électroniques. Elles serviront de base au choix d’un scénario de mise en oeuvre du projet.

L’ouverture des données et des services

Les logiciels de bibliothèques ont longtemps été des systèmes propriétaires fermés. La normalisation des données, au moins celles du catalogue, et la possibilté de les exporter en toute autonomie et de migrer vers un autre système se sont construites peu à peu. Cet acquis peut encore se révéler fragile pour certaines données. L’ouverture des logiciels eux-mêmes, la possibilité de leur ajouter des fonctionnalités, de modifier leur comportement, de les rendre interopérables avec les autres systèmes de l’établissement ou avec des systèmes partagés ont été les plus difficiles à conquérir et restent partiels. Les systèmes open source permettent de mieux y parvenir, sous réserve d’acquérir les compétences nécessaires. Les systèmes de nouvelle génération constituent-ils vraiment un progrès de ce point de vue ?

Les SGB de nouvelle génération sont des produits propriétaires créés par de grands acteurs du marché des services pour bibliothèque. Ceux-ci opèrent à la fois sur le secteur des logiciels de bibliothèque et sur celui de l’agrégation de données documentaires. Spécialisés au départ dans l’un des deux secteurs, ils complètent aujourd’hui leur offre et investissent dans l’autre secteur pour proposer un service global aux bibliothèques. Leurs équipes travaillent à l’échelle du Web dans un environnement très ouvert avec de nombreux partenaires (éditeurs, bibliothèques, sociétés de service) et sur des contenus documentaires destinés à être largement partagés. Elles revendiquent le respect des standards les plus exigeants en matière d’ouverture des données et d’architecture de service informatique (voir « SGB et informatique dans les nuages »). Elles proposent des métadonnées communes complètement libres ou au moins sous des licences très ouvertes. Elles présentent leurs logiciels comme le noyau central de plates-formes de services ouvertes grâce à de nombreuses API documentées. Chaque bibliothèque peut être à son gré un partenaire plus ou moins actif de la plate-forme commune, développer ses workflows spécifiques, les partager, connecter ses services locaux.

Sans qu’il y ait lieu de mettre en doute la sincérité de ces annonces, il est nécessaire d’analyser précisément quelles sont les relations entre partenaires dans ce type de système et quelles garanties sont nécessaires aux bibliothèques.

Notons d’abord que ces systèmes supposent un engagement d’ouverture de tous les partenaires, non seulement du fournisseur de logiciel, mais aussi des fournisseurs de métadonnées : éditeurs, bibliothèques, grandes sources bibliographiques. Editeurs et bibliothèques doivent accepter de mettre leurs métadonnées à la libre disposition de tous dans un système commun et faire l’effort de s’adapter à la normalisation commune. Ils ont intérêt à le faire pour mettre en valeur leurs propres données et pour pouvoir bénéficier de l’ensemble des données et des services communs. Toutefois, s’ils ont intérêt à ce que se créent de grandes agrégations de données pour être visibles sur Internet, ils n’ont pas intérêt à créer pour finir un monopole de la diffusion documentaire dont ils deviendraient complètement dépendants.

De même le partenariat autour de la plate-forme de services pour faire évoluer le logiciel peut recouvrir des réalités très diverses. Il pourrait masquer un désengagement du fournisseur qui travaillerait en véritable partenariat avec quelques établissements utiles au développement du système et laisserait les autres clients se débrouiller. Les bibliothèques sans ressources informatiques se retrouveraient alors isolées. Sans tomber dans ce scénario pessimiste, le fait que le noyau central du système reste propriétaire peut également faire craindre que le partenariat n’atteigne rapidement ses limites et ne maintienne une forte dépendance.

Face à ces risques, il est important que le partenariat soit organisé par les bibliothèques elles-mêmes et non par le seul fournisseur de logiciel. Le réseau de l’ABES peut jouer un rôle important pour obtenir une contractualisation commune avec des garanties fortes et pour partager la formation et l’expertise autour des nouveaux outils. Il faut également rester attentif à l’émergence de solutions alternatives, comme Kuali OLE, fondées sur un partenariat à l’initiative des bibliothèques autour d’un logiciel open source, même si elles ne sont pas pour l’instant au niveau des solutions propriétaires. Il faut enfin souhaiter qu’il reste plusieurs solutions concurrentes et que la base de connaissance commune ne soit pas complètement liée à un logiciel particulier, mais qu’elle soit exportable et interopérable avec les solutions concurrentes.